France | Assises du Var
Lundi dernier, 25 mai 2009, s’est ouvert devant la Cour d’Assises du Var à Draguignan le procès des auteurs et des complices présumés du braquage de la Joaillerie “Julian” de Saint-Tropez en 2005.
Ce nouveau procès en France de la nébuleuse des “Pink Panthers” — le groupe criminel transnational originaire d’ex-Yougoslavie et spécialisé dans le braquage des bijouteries de luxe à travers le monde, a pris fin ce soir, jeudi 28 mai, au terme de quatre jours de débats placés sous la protection des hommes du Groupe d’Intervention de la Police Nationale (GIPN).
Le 30 août 2005, quatre individus, dont un était armé, agissant à visage découvert et mains nues, habillés en touriste “de masse” (shorts, polos fleuris et bobs à motifs), avaient braqué en pleine cohue estivale la joaillerie du 6 Passage du Port, située à moins de cent mètres de la Brigade de Gendarmerie, s’emparant en à peine une minute et quinze secondes d’un butin en bijoux et montres de quelque 2,5 millions d’euros. En dépit de l’alerte donnée aux gendarmes par la gérante du bar d’en face, le quatuor de malfaiteurs avait pu néanmoins prendre la fuite à pied en direction du port, empruntant la vedette rapide qui les attendait à quai devant chez “Sénéquier”, le célèbre café-glacier de Saint-Tropez, pour traverser le golfe et débarquer à Grimaud sur la plage du Moulin avec deux gros sacs noirs, avant de s’évaporer dans la nature.

Bien que filmés par les caméras de vidéosurveillance de la joaillerie, et malgré les indices biométriques relevés dans le bar où les braqueurs attendaient juste avant de commettre le vol, l’affaire confiée à l’Adjudant de Gendarmerie Gérald Duronio en était restée là du côté français jusqu’à ce que l’enquête soit relancée fin septembre par un appel des autorités des Pays-Bas, annonçant qu’un certain Duško Martinović s’était vanté du braquage de Saint-Tropez auprès d’un malfrat notoire d’Amsterdam — alors sur écoutes policières dans le cadre d’une autre affaire — qui l’avait félicité en retour d’un “vous avez fait ça comme à Hollywood, c’est super !”, ainsi qu’il est noté dans les procès-verbaux de transcription des écoutes téléphoniques néerlandaises.
Arrêté en octobre 2005 aux Pays-Bas et entendu sur place par des policiers français, l’enquête avait dès lors rapidement progressé grâce à l’exploitation des informations de ses téléphones portables, conduisant à l’identification de deux des trois autres présumés braqueurs, Tripo Penović, un croate de 42 ans connu des services de police de Zagreb depuis 1999 pour extorsion de fonds, et Zvjedan Begić, un ancien basketteur de 34 ans d’origine bosniaque, marié à une commerçante cannoise. Des perquisitions connexes menées chez deux amis proches de Martinović et Begić — un mouginois enseignant d’université titulaire d’un doctorat en économie et un corse de Nice — ont permis d’établir que les deux hommes — Manuel Esposito et Vincent Baciocchi, tous deux âgés de 41 ans — avaient fourni aux braqueurs une aide logistique en leur louant des voitures et en leur procurant de faux papiers d’identité.
Durant toute la procédure, Duško Martinović, 37 ans, qui a été extradé vers la France en avril 2006 et incarcéré, a toujours fermement nié sa participation au vol de Saint-Tropez, ainsi que son affiliation au gang informel des “Pink Panthers”. Originaire du Monténégro, cordonnier de formation, Martinović s’est marié à la fin de son service militaire obligatoire avec une fonctionnaire de la police monténégrine, de laquelle il a eu une fille. Il a travaillé dès lors en tant que videur de boîte de nuit.
Son présumé complice, Zvjedan Begić, aurait quitté la France immédiatement après le vol pour Belgrade en Serbie, où il est supposé avoir emporté et écoulé le butin. Il a ensuite séjourné un moment au Brésil, avant d’être arrêté en juillet 2006 en Bosnie-Herzégovine. Se prévalant de la nationalité bosniaque, il a cependant été libéré sans être inquiété, protégé par la constitution du pays qui n’admet pas l’extradition de ses ressortissants. Depuis, il aurait ouvert une discothèque et “vit très bien avec tout son argent,” selon le commentaire de la Présidente de la Cour d’Assises, Mme Anne Segond. Quant à Tripo Penović qui menait grand train à Zagreb au volant de sa Ferrari, il a été abattu de sept balles de gros calibre vers 22h20, dans la nuit du lundi 30 juin 2008, à proximité du Parc Maksimir ; il est décédé une demi-heure plus tard à l’Hôpital Universitaire de Zagreb des suites de ses blessures. Son assassinat demeure à ce jour non élucidé, mais les enquêteurs croates évoquent un règlement de compte dans les milieux locaux de la drogue. Le quatrième braqueur n’a jamais été identifié.
C’est donc seul que Duško Martinović a comparu lundi devant la Cour d’Assises du Var pour “vol à main armée en bande organisée”, Zvjedan Begić étant lui jugé par défaut sur le même chef. Les trois autres personnes citées dans l’ordonnance de renvoi de la chambre d’accusation, Manuel Esposito, Vincent Baciocchi et l’épouse de Begić, qui comparaissent libres au procès, étaient poursuivies pour des délits connexes de fournitures et détention de faux documents administratifs et recel de malfaiteurs.
Au terme des quatre jours de débats sous haute surveillance, durant lesquels Duško Martinović a créé la surprise en reconnaissant dès lundi sa participation comme “guetteur” au vol de 2005 et en justifiant ses précédentes dénégations par sa peur pour la vie de sa famille au Monténégro et surtout de sa fille, quatre heures et quart de délibération des jurés des Assises du Var l’ont finalement condamné ce jeudi soir à quinze ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d’amende, assorti d’une interdiction définitive du territoire français. Les mêmes peines ont été prononcées par contumace pour Zvjedan Begić. Son épouse, au domicile de laquelle avaient été retrouvés un faux passeport et un faux permis de conduire slovènes au nom de son mari, a été acquittée du chef de détention de faux documents, tandis que Vincent Baciocchi et Manuel Esposito ont été respectivement condamnés à un an de prison dont huit mois avec sursis, et à deux ans dont vingt mois avec sursis — les deux sursis prononcés couvrant largement les quatre mois de détention provisoire qu’ils ont déjà subis.
À sa sortie du Palais de Justice, Maître Lionel Moroni, avocat pénaliste toulonnais engagé dans la défense de Duško Martinović, a annoncé qu’il allait faire appel du verdict contre son client.
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Declassified N-66
Reference date: May 28, 2009
Archived: Thursday May 28, 2009 @ 19:52 CEST
Last updated: May 29, 2009
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cD_75
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