France | Célébrations du 11 novembre
Aujourd’hui, mardi 11 novembre 2008 à 11h30, lors des célébrations du 90ème Anniversaire de l’Armistice de 1918 dans l’enceinte de la Nécropole Nationale et l’Ossuaire de Douaumont, Meuse, France — haut lieu de la bataille meurtrière de Verdun — auxquelles assistait S.E. Mme le Prof. Dr. Milica Pejanovic-Đurisic, Ambassadeur du Monténégro en France, M. le Président de la République Nicolas Sarkozy, dans une allocution placée sous le signe de la paix et de l’Europe, a rendu un hommage national aux morts étrangers et monténégrins de la Grande Guerre :
“La France n’oubliera jamais les soldats anglais, les soldats écossais, les soldats irlandais qui se battirent sur notre sol comme ils se seraient battus sur le sol de leur propre Patrie ; La France n’oubliera jamais les soldats américains, les soldats canadiens, les soldats australiens (s’adressant à Lady Quentin Bryce, Gouverneur Général d’Australie), les soldats néo-zélandais, indiens tombés si loin de leur pays pour défendre notre liberté ; La France n’oubliera jamais les soldats italiens, ni les belges, ni les luxembourgeois, ni les portugais, ni les grecs, ni les serbes, ni les monténégrins, ni les roumains, ni les russes qui se sont battus à nos côtés, avec le même courage, qui ont affronté les mêmes épreuves, qui ont consenti les mêmes sacrifices au nom de la même grande cause, celle du droit des peuples à vivre libre (...). Le temps est venu d’honorer tous les morts, sans exception.”
Devant ses invités européens, le Président français Nicolas Sarkozy a loué le “sursaut de conscience universelle” qui a suivi les deux guerres mondiales et qui s’est traduit par “la construction de l’Europe, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, les Nations Unies.”
La suite de cet article est basé sur des extraits de l’allocution délivrée ce même jour à Douaumont par M. Pierre Olivier Leroy, Président du Njegoskij Fund et Secrétaire Général du Club EuroConvergence, au cours d’une cérémonie privée en hommage aux combattants monténégrins morts pour la France durant la Première Guerre Mondiale.
Le 12 juillet 1914, Sa Majesté le Roi Nikola I du Monténégro télégraphiait à son petit-fils, le Prince Héritier Alexandre de Serbie, “mes Monténégrins et moi, sommes déjà sur les frontières, prêts à mourir en défendant notre indépendance nationale.” Le 5 août, le Royaume du Monténégro déclarait la guerre à l’Autriche-Hongrie et le 11 août, à l’Allemagne. Comme l’écrivit si justement M. Henri Bernard à cette époque, “le Monténégro aurait pu objecter son état d’affaiblissement, le désordre de ses finances, et se renfermer dans son égoïsme, comme la Grèce ; il est fort probable que l’Autriche ne l’aurait pas inquiété, et que ce petit pays n’aurait pas connu les horreurs d’une troisième guerre [1]. Mais il a eu une autre conception de l’honneur, du devoir et des traités...”
Et effectivement, le Monténégro n’était pas préparé à un nouveau conflit ; il lui manquait des vivres, de l’armement et des munitions, mais la fierté, la dignité et la solidarité de la Nation monténégrine ne lui permettait pas de réfléchir et de temporiser pour attendre des Alliés l’aide indispensable. 40 000 monténégrins, tous les hommes valides, prirent les armes avec un enthousiasme que n’avaient pas épuisé les guerres balkaniques, et dans un premier temps les succès militaires sourirent aux héros du Nid d’Aigles qui, le 27 novembre 1914, stabilisèrent le Front des Balkans et rejetèrent de l’autre côté de la rivière Drina, une armée autrichienne quatre fois supérieure en nombre, permettrant la contre-offensive serbe de décembre 1914 sur Belgrade occupée [2].
Mais en octobre 1915, l’offensive germano-autrichienne du Feld-Maréchal August von Mackensen sur la Serbie [3], et l’entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des Empires Centraux [4], furent fatales au vaillant Monténégro et à son Armée Royale. Après un dernier acte d’héroïsme en protégeant, tout au long du mois de décembre, la retraite vers Salonique [5] de l’Armée Serbe en déroute, le Mont Lovćen était pris par von Hötzendorf le 11 janvier 1916, et la capitale du Royaume, Cetinje, tombait quatre jours plus tard, le 15 janvier.
Privée de tout soutien, dans l’impossibilité de se retirer au sud après la capture de Scutari [6] par les Autrichiens le 26 janvier, l’Armée Monténégrine, prise en tenaille, était défaite ! Mais malgré le désastre, et faisant preuve d’un immense courage dans l’adversité, quelques centaines de ses éléments, ainsi que près de 2 000 volontaires monténégrins fuyant la répression autrichienne, réussirent en dépit de tout et par leurs propres moyens, à rejoindre les Alliés à Durazzo [7].
Trop peu nombreux pour qu’il soit envisagé de créer une “légion monténégrine”, ces combattants, une fois rééquipés, formèrent un bataillon attaché à la Légion Étrangère qui est allé combattre, sous la bannière apatride de la grenade à sept flammes [8], sur le Front de Salonique. Par la suite, une partie d’entre eux a été réaffectée en France où ils s’illustrèrent sur le Front de Champagne.
En septembre 1917, M. Evgenije Popović, Ministre des Affaires Étrangères du Gouvernement Royal du Monténégro, écrivait au Gouvernement français : “Nous sommes fiers et heureux qu’à la grande victoire de la Meuse aient participé et versé ainsi leur sang pour la France, des soldats monténégrins.”
M. Philippe Delaroche-Vernet, Ministre de France, lui répondit : “Je prie Votre Excellence d’agréer mes plus vifs remerciements pour les sentiments qu’Elle veut bien m’exprimer au nom de Son Auguste Souverain, ainsi que du Gouvernement monténégrin à l’occasion de nos succès sur la Meuse, auxquels ont héroïquement participé des courageux soldats monténégrins enrôlés dans un de nos corps d’élite. Le Gouvernement de la République est très sensible à cette marque de haute sympathie.”
(...) Sur le sol de ce noble pays de France, qui prescrivit les Droits de l’Homme, le glorieux Royaume du Monténégro, l’héroïque et le plus petit des Alliés, qui est aussi le plus grand martyr, mérite autre chose que l’oubli !
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Merci de votre attention !
Douaumont, France, 11 novembre 2008.
Après la cérémonie privée de Douaumont, les invités du Président Leroy se sont rendus en visite dans la ville martyr de Verdun, à 10 kms de la Nécropole Nationale, pour commémorer le 13 septembre 1916, date à laquelle Sa Majesté le Roi Nikola I du Monténégro avait rendu un hommage d’admiration “à l’héroïsme déployé par les soldats français sous les murs de sa citadelle,” en décorant Verdun de l’Ordre de l’Obilić d’Or (Orden Zlatna Obilića).
[1] En référence aux deux guerres balkaniques dans les années 1912 et 1913.
[2] Le 13 décembre 1914, Belgrade est libérée par l’Armée Serbe.
[3] Le 9 octobre 1915, Belgrade tombe et est occupée par les troupes de la IIIème Armée Autrichienne commandée par le Général d’Infanterie Baron Herman Freiherr von Kövess.
[4] Le 14 octobre 1915. Le Monténégro déclare la guerre à la Bulgarie le lendemain, alors que commence l’offensive de la Ière Armée Bulgare commandée par le Général K. Bojadiev contre la Serbie.
[5] Ville de Grèce du Nord.
[6] Aujourd’hui Shkodër en Albanie.
[7] Aujourd’hui Durrës en Albanie.
[8] L’emblème de la Légion Étrangère.
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First published: November 11, 2008
Archived: Tuesday November 11, 2008 @ 17:29 CET
Last updated: November 11, 2008
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- Author(s):
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MAdH
S. Patieva
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