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Nicolas Petrovich Njegosh

« Milosevic est en train de créer une situation de guerre au Monténégro »

Par Christian Hoche Philippe, in Marianne, 1er juin 1998, Paris, France


Nicolas Petrovic Njegos, Crown Prince of Montenegro Marianne : Que cherche aujourd’hui Milošević, le Président de la Fédération Yougoslave ?

Nicolas Petrovitch Njegosh : La guerre, tout simplement. Il a détruit pièce par pièce cette Yougoslavie dont il s’est attribué la présidence. Mis en difficulté par le gouvernement réformateur de Đukanović au Monténégro — la deuxième entité de la Fédération Yougoslave avec la Serbie, il n’a pas hésité, ces jours-ci, à casser cette fédération de la dernière chance en destituant son gouvernement. Ce coup de force, à la veille d’élections législatives difficiles au Monténégro, claque la porte de la Fédération aux 600 000 Monténégrins. Il est ensuite facile de dénoncer le séparatisme... et le tour est joué : c’est la proclamation de l’état d’urgence, l’élimination des ennemis politiques jusqu’à la guerre civile. Je le répète : Milošević est un homme dangereux !

Existe-t-il, au Monténégro, une tentation séparatiste ?

N.P.N. : Pas du tout. Certes, il y a bien un parti indépendantiste. Mais la majorité des Monténégrins restent très attachés à la Fédération Yougoslave. Ce qui indispose Milošević, c’est que Đukanović plaide courageusement pour un plus grand partage du pouvoir dans le cadre fédéraliste, une « autonomie maximale » pour le Kosovo et une ouverture vers l’Ouest.

L’Europe peut-elle jouer un rôle pour ne pas répéter le scénario bosniaque ?

N.P.N. : Il faudrait. Il aurait déjà fallu. Cela fait longtemps que l’on tente d’expliquer, en France en particulier, l’importance politique du Monténégro. C’est un petit levier dans l’architecture de la Yougoslavie aujourd’hui. Avant qu’il soit trop tard, il est urgent que des pays qui ont des liens privilégiés avec la Fédération Yougoslave pèsent de tout leur poids pour empêcher Milošević de nous entraîner dans ce dernier acte d’un drame insensé.

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