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Programme Culture 2000 : La Biennale de Cétinié, un projet Pays Tiers

Entretien avec Nicolas Petrovitch Njegosh, initiateur et président de la Biennale de Cétinié au Monténégro

In Relais (2), 10 juin 2004, Paris, France
La Biennale de Cétinié au Monténégro, IVème édition, reçoit le soutien du programme pour la coopération culturelle en Europe — Culture 2000 — avec une dotation de 150 000 euros. Nicolas Petrovitch Njegosh, initiateur et président de la Biennale, nous raconte le montage du dossier.


Le projet

Nicolas Petrovic Njegos, Crown Prince of Montenegro Nicolas Petrovitch Njegosh : La Biennale de Cétinié existe depuis 1991. Dans cette petite ville de montagne de 15 000 habitants, ex-capitale du Monténégro, les anciennes ambassades ont laissé, qui une église autrichienne, qui une villa italienne ou de petits palais. Pour moi, c’est comme une petite Europe, une ville dessinée par un enfant. A la chute du Mur, j’ai imaginé qu’un tel lieu pouvait réunir les deux Europe, et j’ai voulu lui donner une connotation culturelle forte dans l’art visuel contemporain, comme Berlin pour le théâtre, Prague pour l’image... Après trois Biennales qui se sont tenues vaille que vaille, dans un contexte de guerre et d’embargo, nous avons entendu parler de Culture 2000 [1]. En 2002, nous arrivions à point, puisque le thème était les arts plastiques et le rôle de l’art dans la société. En plus, nous travaillons à la démocratisation de la culture, nous utilisons les nouvelles technologies dans l’art contemporain, et nous avions placé cette Biennale sous le signe de la reconstruction, sujet fédérateur et important dans une dimension européenne.

Le montage du dossier

N.P.N. : Quand on concourt comme pays tiers, il faut trois coorganisateurs issus de l’Union. Nos mousquetaires européens ont été le Centre culturel français à Belgrade, le ministère des Affaires étrangères allemand (il existe une forte dynamique de coopération diplomatique franco-allemande au Monténégro), et un partenaire de longue date de la Biennale, la fondation grecque F. J. Costopoulos, qui s’occupe beaucoup du patrimoine et de l’art contemporain.
Il n’a parfois pas été facile d’expliquer à ces partenaires une procédure qu’on ne comprenait nous-mêmes pas toujours parfaitement. Dans cette affaire, Relais Culture Europe a été le quatrième larron : l’aspect bureaucratique du dossier est en effet assez décourageant quand on n’a pas derrière soi quelqu’un pour vous renseigner sur les critères de sélection. Il faut notamment dire un an à l’avance quel sera le programme exact de la manifestation, citer précisément les billets d’avion nécessaires : on anticipe au plus juste, et finalement certaines modifications s’annulent les unes les autres. Nous sommes entrés dans une course pour remplir le dossier, que j’ai rendu le jour limite : si j’avais raté mon train, on était cuits ! Début mai, nous avons eu la réponse positive de Culture 2000. Il nous restait un mois et demi pour préparer une exposition avec plus d’une centaine d’artistes...

L’apport de l’Europe

N.P.N. : Le soutien de Culture 2000 a été très important : nous avons reçu la dotation maximum, 150 000 euros, ce qui nous a permis de produire des œuvres et des installations in situ avec plus de moyens. Un artiste bulgare a ainsi pu fabriquer 2 500 casques de chantiers frappés des mots « Under Reconstruction », qui ont été distribués dans toute la ville. Une œuvre symbolique pour cette région qui sort de la guerre et doit se projeter dans l’avenir. Les gens ont été très impressionnés. Le soutien européen nous a aussi amené des partenaires : l’UNESCO, qui a décerné ses prix de la création à plusieurs artistes de la Biennale, des ONG, des étudiants en architecture qui ont pu participer à des workshops... Ces partenaires et parrainages de qualité ont valorisé les artistes locaux et attiré du public étranger : la manifestation a pris de l’ampleur et, du coup, la région a gagné en visibilité.
Les Balkans sont des régions conflictuelles, riches cependant d’énergies, de talents, de générosité, de convivialité. Elles attendent beaucoup de l’Europe, presque devenue un mythe.
Prenons un exemple : la protection du patrimoine a quasiment disparu des préoccupations de ces sociétés ; après cinquante années de collectivisme et quinze ans de conflits, certains lieux sont devenus un peu maudits, de nombreux artisans talentueux ont disparu, et l’on bétonne de façon abominable au Monténégro, à Belgrade, à Pristina, comme dans les années cinquante sur la Costa Brava ou la Côte d’Azur. On n’a pas non plus déminé le caractère politique du patrimoine et fait comprendre la perte engendrée par la destruction d’une belle mosquée, d’une belle église. Le soutien de l’Europe peut être déterminant sur le plan méthodologique. D’une manière un peu provocante, je dirais qu’on a, dans ces régions, besoin d’architectes, d’artistes, de professeurs, de scientifiques, de juristes — plus que de casques bleus.

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"Relais (2) - La Revue des Pôles Régionaux Cultureurope", June 2004

[1] Le programme-cadre CULTURE 2000 est un instrument de financement et de programmation pour la coopération culturelle européenne, mis en œuvre par la Commission Européenne pour la période 2000-2006, avec un budget de 236,5 millions d’euros. Les missions de Culture 2000 sont de mettre en valeur un espace culturel commun européen et d’y promouvoir la diversité culturelle en financant des actions de coopération transnationale dans tous les secteurs culturels et artistiques.
En 2004, Culture 2000 devrait soutenir près de 230 dossiers, dont une vingtaine de projets pluriannuels. Trente pays participent au programme : les vingt-cinq états membres de l’Union Européenne, les trois autres pays de l’Espace Économique Européen — Islande, Norvège et Liechtenstein — et deux pays en voie d’adhésion, la Roumanie et la Bulgarie.
Chaque année, Culture 2000 soutient aussi entre cinq et dix projets annuels “pays tiers” se déroulant dans un pays qui n’appartient pas au programme. Le projet doit alors associer au minimum trois opérateurs culturels issus chacun d’un pays membre différent, dont un au moins qui ait une connaissance pratique du pays visé, et un opérateur du pays tiers, qui sera partenaire associé. Les subventions accordées varient de 50 000 à 150 000 euros, comme pour tout projet annuel.

Copyright © Relais Culture Europe 2004.
Avec nos sincères remerciements à Mme Catherine Lalumière, Présidente de Relais Culture Europe, Paris, France.
Crédit photographique : © [?DR|Document of the Editor] 2005.

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