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Nicolas Petrovitch Njegosh

« L'Occident veut aller trop vite en ex-Yougoslavie »

Par Anne Dastakian, in Marianne n° 184, 30 octobre 2000, Paris, France


En deux mots,

Nicolas Petrovic Njegos, Crown Prince of Montenegro Marianne : Qu’est-ce qui a changé, pour le Monténégro, depuis la chute de Milošević et l’avènement de Koštunica ?

Nicolas Petrovitch Njegosh : Sa chute est un soulagement pour tous et en particulier pour ceux qui, comme beaucoup de Monténégrins, lui ont résisté. Au Monténégro, l’effet bénéfique immédiat est l’éloignement du danger d’un conflit armé. Les problèmes vont enfin pouvoir se régler. Après ces dix années de peur partagées, cela ne sera pas facile et l’ensemble des leaders balkaniques devront réapprendre le dialogue politique.

Les Monténégrins sont-ils vraiment en faveur de l’indépendance ?

N.P.N. : Au début des années 90, seuls 25-30 % l’étaient, un chiffre qui est monté à 70 % au moment de la guerre du Kosovo. Actuellement, 40 % sont pour l’indépendance, mais seuls 15 % sont pour un État unitaire avec la Serbie. La majorité silencieuse serait plutôt pour un système confédéral, pour deux États en principe égaux, en tout cas sur les décisions capitales. Les Monténégrins n’ont pas envie d’être entraînés dans de nouvelles aventures si demain, par malheur, l’ultranationaliste Vojislav Šešelj devait succéder à Koštunica. Aujourd’hui, la majorité des Serbes veulent construire une « autre » Serbie, et savent bien qu’il leur faudra coopérer avec un Kosovo kosovar et un Monténégro monténégrin...

Que pensez-vous de l’attitude des Occidentaux, qui hier encensaient le Monténégro et aujourd’hui l’accablent ?

N.P.N. : Effectivement, en quarante-huit heures, à les entendre, le gouvernement « pro-occidental du Monténégro » s’est transformé en une bande de mafieux trafiquants ! La communauté internationale voudrait voir les choses changer au plus vite, en oubliant le passé récent et en particulier la question des criminels de guerre. Mais pourquoi une telle hâte ? Il n’y a pourtant aucune chance de revenir en arrière ! Il y a un problème constitutionnel entre la Serbie et le Monténégro qui ne peut se résoudre que dans deux mois, avec les élections législatives, quand la nouvelle majorité sera au pouvoir en Serbie. En attendant, il faut aider les deux républiques à développer l’espoir que la chute de Milosevic a fait naître.

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Avec nos sincères remerciements à la rédaction de Marianne et à l’auteur.
Crédit photographique : © DR 2005.

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