Monténégro | France
EurActiv est un réseau européen de médias en ligne (11 pays, 11 langues), totalement gratuits, qui proposent un suivi quotidien des politiques de l’Union Européenne (UE) en tentant de les reconnecter aux débats nationaux. Dans un entretien accordé à M. Marek Kubista, journaliste (Sciences-Po 2009) à l’antenne française du réseau, et publié aujourd’hui, jeudi 20 mai 2010, sur EurActiv.fr, S.E. Mme Milica Pejanović-Đurišić, Ambassadeur résident du Monténégro à Paris, revient à la veille des célébrations de la Fête Nationale de l’Indépendance (21 mai), sur le parcours du pays quatre ans après la victoire du “oui” au référendum sur la séparation d’avec la Serbie, sur la voie européenne suivie par le Monténégro et sur son adhésion à l’OTAN, ainsi que sur les enjeux du Sommet UE-Balkans Occidentaux du 2 juin prochain à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).

Dans cet entretien, publié sous le titre “Le Monténégro compte être le prochain pays à adhérer à l’UE après la Croatie”, l’Ambassadeur Pejanović-Đurišić répond à onze questions du journaliste d’EurActiv :
EurActiv.fr : Le Monténégro a déposé sa candidature d’adhésion à l’UE en 2008 et a rejoint en décembre 2009 le plan d’action pour l’adhésion à l’OTAN : comment expliquez-vous l’avance rapide de ce pays par rapport aux autres de la région, seulement quatre ans après l’indépendance ?
Milica Pejanović-Đurišić : Il est vrai que le Monténégro est particulièrement en avance par rapport aux autres pays de la région. Les réformes ont été entamées il y a longtemps, bien avant que les relations soient institutionnalisées avec l’UE. Nous savions quelles réformes il fallait mettre en œuvre et nous avons commencé avant même l’indépendance [en 2006]. Car, à cette époque le Monténégro était coincé dans le cadre de l’union avec la Serbie et le degré de rapprochement avec l’UE dépendait des problèmes serbes à la suite des guerres. Mais ces problèmes n’étaient pas localisés au Monténégro.
Le consensus sur l’intégration de l’UE est très fort au Monténégro, ce qui est très important pour faciliter le processus. Toutes les institutions et les partis politiques travaillent dans cette voie. La population est depuis plusieurs années favorable à environ 80 % à l’adhésion. Nous comptons d’ailleurs être le prochain pays à adhérer à l’Union Européenne après la Croatie.
EurActiv.fr : Pourtant la Macédoine est aujourd’hui déjà reconnue candidate. Vous pensez pouvoir la dépasser ?
MPĐ : Ce n’est pas facile à dire car cela dépend de chaque pays. Étant donné la vitesse à laquelle la Macédoine a franchi les étapes, il me semble qu’on peut s’adapter plus vite. Mais, je ne pense pas qu’il faille fixer une date car tout dépend du travail accompli. Dans tous les cas, chaque pays qui adhère à l’UE bénéficie avant tout à toute la région.
EurActiv.fr : Quelles sont les principales réformes à mener avant de parvenir à l’adhésion ?
MPĐ : La candidature a été déposée le 15 décembre 2008 et le questionnaire de la Commission Européenne a été rempli et renvoyé en décembre 2009. Nous espérons que l’avis de la Commission sera connu d’ici la fin de l’année, ou au début de l’année prochaine.
L’environnement pendant les années 90 n’était pas favorable à cause de la guerre et de la transition économique. Mais le Monténégro a eu la chance de ne pas être touché par la guerre et a donc pu entreprendre les réformes économiques. Les changements ont été nombreux dans tous les domaines (économie, finance, justice, police, défense, éducation, santé, transports...). La Commission Européenne a largement reconnu les progrès du Monténégro dans les rapports de suivi mais elle demande également d’accentuer les efforts en matière de justice. Il faut faire mieux sur ce point pour que l’État de droit fonctionne. Dans ce cadre, nous sommes en train d’établir un projet de jumelage avec le Ministère français de la Justice pour travailler sur la mise en œuvre des lois pénales. La plupart du temps, la législation est en place, mais il faut travailler davantage pour améliorer la mise en œuvre.
EurActiv.fr : La Commission Européenne rapporte également que la corruption et le crime organisé restent les problèmes majeurs. Que fait le Monténégro pour lutter contre ces phénomènes ?
MPĐ : Toute la région est concernée. Le Monténégro n’est pas dans une situation pire que les aux autres. Contre le crime organisé, le gouvernement coopère avec les différents organismes internationaux, comme le FBI et Interpol. Contre la corruption, le gouvernement est en train de préparer une loi qui doit permettre de protéger les citoyens : ils pourront alerter les autorités s’ils sont témoins d’actes de corruption.
EurActiv.fr : Le Monténégro comprend de fortes minorités. En revanche, les tensions sont faibles à la différence de ces voisins. Comment l’expliquez-vous ?
MPĐ : C’est un phénomène peu connu. Pourtant même lorsque la guerre sévissait autour du Monténégro, le pays n’a pas été affecté. Dès le début des années 90, nous avons fait attention à préserver la tolérance entre les différentes nationalités. Lors des premières élections démocratiques, nous avons mis en place un dialogue entre tous les partis et il a été maintenu jusqu’à aujourd’hui. Ce contact permanent a permis de préserver l’union du pays. Au Parlement, tous les nationalités sont représentées (monténégrin, serbe, musulman, albanais, croate).
Sur les décisions majeures, les partis travaillent ensemble pour obtenir un consensus. Ce fut le cas lors du referendum sur l’indépendance. Un travail en amont a été effectué pour que le résultat soit reconnu par tous comme valable.
EurActiv.fr : Quelles conséquences la crise grecque a-t-elle au Monténégro ?
MPĐ : Le système bancaire n’en souffre pas car les banques grecques sont faiblement implantées dans le pays. Le Monténégro pourrait en revanche être affecté si l’euro subissait une crise. Le pays ne fait pas partie de l’eurozone mais utilise l’euro. Lors de la guerre du Kosovo, nous craignions l’hyperinflation et le Monténégro a donc décidé d’utiliser le Deutschmark. Par la suite, en accord avec les institutions européennes, le Monténégro a adopté l’euro mais n’a pas de pouvoir dessus. Nous espérons donc que les mesures européennes contre la crise vont produire des résultats.
EurActiv.fr : Qu’attend le Monténégro du Sommet UE-Balkans Occidentaux, qui se tiendra début juin à Sarajevo ?
MPĐ : Le Sommet est important pour nous car il peut permettre de rassurer les pays des Balkans. Dix ans se sont écoulés depuis le Sommet de Zagreb et les pays de l’UE ont été affectés par divers problèmes comme les questions institutionnelles et la crise. Dans les pays des Balkans, on craint que le rythme d’adhésion en pâtisse. Donc, le Sommet de Sarajevo peut être l’occasion de renforcer l’avenir européen de la région et de réaffirmer le principe que les États adhéreront en fonction du mérite de chacun. Le Monténégro préfère l’approche “régate” [à l’image d’une course, le premier qui remplit les critères adhère] car nous ne voulons pas être pénalisés par les manquements des autres.
EurActiv.fr : La fatigue de l’élargissement est réelle en Europe Occidentale. Cette fatigue est-elle perçue par les citoyens du Monténégro et comment la ressentent-ils ?
MPĐ : Ils sont conscients de cette fatigue, mais les dirigeants européens devraient davantage expliquer que le Monténégro et les autres pays ne représentent pas une “surcharge” pour l’UE. Le Monténégro peut d’ailleurs servir d’exemple du “bon élève” car il cherche à remplir tous les critères d’adhésion.
L’Europe va aussi profiter de l’intégration du Monténégro et des autres pays de la région qui pourront lui apporter un peu de fraîcheur et des nouvelles motivations. En tout cas, il s’agit d’une relation à deux sens ou chacun apporte des valeurs ajoutées.
EurActiv.fr : Il faudrait peut être aussi faire des sommets UE-Balkans plus réguliers... ?
MPĐ : Je suis sûre que désormais, ils le seront. Le processus d’adhésion s’accélère, il est donc normal que l’UE soit plus présente.
EurActiv.fr : Comment l’abandon du système de visas pour les citoyens du Monténégro a-t-il été ressenti ?
MPĐ : C’était très important d’un point de vue symbolique. Les habitants de l’ex-Yougoslavie étaient habitués à voyager sans visas. La guerre a tout bouleversé et ce fut même pire au Monténégro qui était coincé dans l’union avec la Serbie.
Mais, il est dommage que cela coïncide avec une période de crise, ce qui affecte la mobilité des gens. Le tourisme a légèrement augmenté mais il n’y a pas eu de voyages massifs vers l’UE. En même temps, le Monténégro a supprimé les visas pour les citoyens de l’UE il y a déjà longtemps. Grâce à cela et à notre développement dans le domaine du tourisme, le nombre de touristes européens augmente progressivement.
EurActiv.fr : Quels liens particuliers le Monténégro et la France ont-ils ? Quelle est la position de la France vis-à-vis de l’intégration de ce pays ?
MPĐ : Avant l’indépendance, les relations n’étaient pas très développées. L’ouverture de l’Ambassade en 2007 a favorisé les contacts et aujourd’hui, on peut dire que la France est le soutien le plus fort dans l’UE. La France a été très présente lors du dépôt de candidature du Monténégro et lors
de la libéralisation des visas. En décembre dernier, les deux pays ont signé une feuille de route pour le renforcement des relations bilatérales, un accord pour la mobilité de jeunes et d’autres projets de coopération sont en train de se réaliser.

À propos de cet article
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Date de référence : 20 mai 2010
Archivage : Jeudi 20 mai 2010 @ 08:00 CEST
Dernière mise à jour : 25 mai 2010
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